相づち ou l’écoute à la japonaise

Après les onomatopées, un autre point linguistique dont j’aimerais vous parler et que je trouve tout aussi fascinant car n’existant pas en français, ce sont les 相づち (aizuchi).
Les aizuchi sont des interjections servant à indiquer à son interlocuteur qu’on l’écoute; il peut s’agir de petites phrases (ほんとう?Hontō ?) ou bien de simples exclamations mono-syllabiques (うんーうん, un-un). Les Japonais y ont recours en permanence, pour ne pas dire après chaque phrase sortant de la bouche de leur interlocuteur. Et bien sûr, ils n’emploieront pas les mêmes aizuchi selon qu’ils parlent avec un ami ou leur patron…

En France, l’utilisation de ce genre d’exclamations dépendra du contenu de la discussion: si quelqu’un nous dit « j’ai mangé une pomme ce midi », on ne répondra pas « je vois » ou « vraiment? », car cette information n’aura pas déclenché chez nous suffisamment d’émotion pour qu’on l’exprime verbalement. La plupart du temps, on se contentera d’écouter en silence ou de hocher la tête par moments. Or, si vous vous comportez ainsi en face d’un interlocuteur japonais, il y a de fortes chances qu’il pense que vous ne l’écoutez pas et, si la conversation se prolonge, commence à paniquer intérieurement.

Depuis que je suis ici, j’ai dû effrayer pas mal de Japonais en les écoutant « à la française », c’est-à-dire dans un silence poli, mais petit à petit, j’essaie de ré-utiliser aussi souvent que possible les aizuchi appris en cours (en général j’en lance un au hasard et si je vois que mon interlocuteur fait une tête bizarre, je comprends que c’était pas le plus approprié…). Mais il faudra sûrement un certain temps avant que ces interjections ne sortent de ma bouche naturellement car, tout comme les onomatopées, elles sont très spécifiques à la langue japonaise et, par conséquent, nous en disent beaucoup sur les Japonais eux-mêmes. Ils les utilisent en effet si systématiquement qu’elles finissent par perdre leur fonction « originelle », du moins la fonction qu’on leur prêterait en tant qu’occidental, c’est-à-dire montrer à son interlocuteur l’intérêt qu’on porte à ses propos. Si un Japonais vous sort un aizuchi à chaque phrase que vous prononcez, n’allez surtout pas croire que votre récit le passionne (vous risquez de quitter le Japon avec les chevilles d’un sumo), c’est peut-être même tout le contraire…
C’est typiquement ce genre de « convention de langage » qui rend la langue japonaise si fascinante et différente des langues latines.
Croyez-moi, je n’ai pas fini de vous parler de linguistique… Vous m’écoutez toujours ?

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2 réflexions au sujet de « 相づち ou l’écoute à la japonaise »

  1. Hé oh, c’est comme si j’avais révisé en écrivant cet article !!
    La famille d’abord (super aprem avec Elisa à Kichijoji aujourd’hui !), les découvertes ensuite, et enfin les cours (accessoirement)… Voilààààà (^_^)/

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