Les Japonais et le français (2)

Un mois a passé depuis que je suis arrivée à Tokyo, et la passion des Japonais pour ma langue natale continue toujours de me surprendre. Cela dit, on prend vite goût à « l’effet wow » qu’on déclenche lorsqu’on dit être Français. Encore un truc qui risque de me manquer quand je rentrerai au pays… ( ᵕ́ૢ‧̮ᵕ̀ૢ)‧̊·*

Dans ce deuxième —et probablement pas dernier— volet de mon feuilleton linguistique « Les Japonais et le français », j’aimerais vous parler un peu de mon job de Teaching Assistant, ici à TUFS. Le cours que j’assiste est celui de Mme Nakao, pour des étudiants de 2ème année en français, le jeudi de 12h40 à 14h10. Ces derniers m’ont réservé un accueil des plus chaleureux au sein de leur classe et se montrent à chaque séance d’une gentillesse extrême à mon égard. J’avoue être à chaque fois un peu embarrassée quand je croise l’un d’entre eux dans les couloirs, car il me fait toujours un signe de la main avec un grand sourire, auquel je réponds par politesse tout en étant totalement incapable de reconnaître le visage de la personne, et encore moins de me souvenir de son prénom… Mais ma « non-physionomie » absolue concernant les Japonais est un tout autre sujet que j’aborderai sans doute lorsque j’aurais commis quelques embarrassantes balourdises…

Pour l’heure, revenons au cours de Mme Nakao. Celui-ci se déroule toujours de la même manière: tout d’abord, les élèves font une dictée sur les cinq phrases qu’ils ont dû traduire la semaine précédente; puis Mme Nakao leur distribue les cinq phrases à traduire pour la semaine suivante et les fait lire à toute la classe; enfin, des élèves viennent au tableau écrire leur traduction des phrases du bouquin. Dans cette mécanique bien huilée, mon job d’assistante consiste à lire la dictée (trois fois chaque phrase, et seulement la deuxième avec la ponctuation), puis à corriger avec Mme Nakao les traductions des élèves au tableau. Cette partie de mon travail est de loin la plus intéressante: premièrement, parce qu’elle m’en apprend énormément sur la manière dont les Japonais « pensent » le français et le construisent dans leur esprit d’après un schéma de pensée qui n’appartient qu’à eux et ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le monde; deuxièmement, parce qu’elle me force à me creuser les méninges pour tenter d’expliquer les innombrables nuances que compte la langue de Molière, jusqu’à douter de ma propre aptitude à manier cette dernière… Prenez par exemple ces deux phrases:
1) Je pensais que vous m’encourageriez à continuer mes études.
2) J’ai cru que vous m’encourageriez à continuer mes études.
Comment expliquer, d’une part, l’utilisation de l’imparfait ou du passé composé, d’autre part, celle du verbe croire ou penser dans ce cas précis, et enfin, en quoi ces deux phrases sont-elles différentes au final ? C’est là qu’on réalise à quel point le français est une langue vraiment difficile, et qu’on remercie le Ciel de n’avoir pas eu à l’apprendre…

Et la conjugaison est loin d’être la seule chose devant laquelle ces pauvres étudiants doivent s’arracher les cheveux. En feuilletant le livre de phrases à traduire, je suis tombée sur une petite liste de groupes nominaux, illustrant la leçon sur les pronoms/conjonctions de coordination/je-sais-pas-comment-s’appellent-ces-trucs: travail à la main, fille aux yeux verts, tasse à café, chambre avec douche, plage de sable, homme de génie, robe du soir, sucre en morceau, transport en commun, progression par étape, vêtements pour hommes, chèque sans provision… Il suffit de comparer avec l’anglais (« public transport », « coffee mug », « men clothing »…) pour comprendre la difficulté de la chose ! Quant aux phrases qu’ils ont à traduire (du japonais vers le français), elles ressemblent un peu à ça: « Il a fait des remarques sur des points auxquels je n’avais jamais réfléchi. »
Soyons honnêtes, au moins 10% des Français seraient incapables de formuler une phrase comme celle-ci, et c’est pourtant ce que font des étudiants japonais avec seulement un an de français derrière eux…

L’autre chose que j’aime bien dans mon boulot d’assistante, c’est le bouquin de traduction, avec les drôles de phrases qu’on peut y trouver:
« Le silence occupe cette salle comme si elle était couverte de nuage lourd. »
« Cet enfant a bu de l’eau trop froide, si bien qu’il est tombé malade »

Mais le mieux dans tout ça, c’est que je perçois une petite rémunération en tant qu’assistante de professeur. Autrement dit, je suis payée pour apprendre plein de choses sur la manière de pensée japonaise, pour progresser moi-même en japonais, et pour redécouvrir chaque semaine la beauté et la richesse de ma langue natale.
Je n’aurai donc qu’une chose à dire: vive la France ! ヾ(*⌒ヮ⌒*)ゞ

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