J’ai testé… le manga café

Il y a un paradoxe au Japon que je ne comprendrai jamais: d’un côté, on a les konbinis et toutes ces chaînes de restaurants ouverts 24h/24; de l’autre, on a les transports en commun… qui s’arrêtent entre minuit et cinq heures environ. Autrement dit, si je voulais assister aux enchères de thon du marché aux poissons de Tsukiji, le seul moyen d’y être a 4h du matin (oui, quatre heures du matin), c’était de passer la nuit a côté. Pour ce faire, quatre solutions s’offraient à moi (et à mon budget très restreint):

  1. Dormir chez ma famille (gratuit, mais probabilité de mourir durant les 6 km de trajet à pied, seule, dans la nuit noire, à peu près égale à 100%)
  2. Passer la nuit assise dans un MacDo à boire du café (environ 3€, mais probabilité de sentir la frite jusqu’a ma mort à peu près égale à 100%)
  3. Passer la nuit dans un capsule-hôtel (environ 20€ et a priori sans inconvénient majeur, donc je garde cette idée pour la prochaine fois)
  4. Passer la nuit dans un manga café (environ 10€, soit de loin la solution la plus intéressante, malgré une légère probabilité de me faire assassiner par un otaku n’ayant pas vu la lumière du jour depuis un peu trop longtemps)

Je choisis donc la solution n°4, d’une part parce qu’étant résolue à passer une nuit blanche pour ne pas louper les enchères, le manga café m’offrait à la fois la possibilité de m’allonger et me reposer quelques heures au chaud, et de rendre ces heures moins longues en mettant un ordinateur (avec internet et des films) à ma disposition. Dernier argument en faveur du manga café, et pas des moindres: c’est quelque chose qu’on ne trouvera probablement jamais en France (du moins pas sous cette exacte forme, mais avis aux futurs entrepreneurs qui liraient cet article, l’idée d’importer ce concept en France et de l’adapter est déjà bien ancrée dans mon esprit, donc allez voir ailleurs !), et qui faisait par conséquent partie de ma liste des choses qu’on ne trouve qu’au Japon et qu’il faut avoir essayé au moins une fois dans sa vie. Après une comparaison des différentes chaînes de manga café ayant un store près de Tsukiji, je décidai d’opter pour le Manga kissa Gera Gera (まんが喫茶ゲラゲラ), kissa étant le diminutif de kissaten qui veut dire café ) situé près de la station de Shinbashi, à une vingtaine de minutes à pied du marché aux poissons. Après m’être baladée un peu dans le quartier chic de Ginza, j’arrivai à l’enseigne de la petite grenouille verte aux alentours de 22h, où on me fit choisir entre une simple chaise de bureau, un fauteuil inclinable ou bien un box privatif avec pouf et tatami; ainsi qu’entre le « 3-hour pack », le « 5-hour pack » ou bien la nuit complète. Les prix varient selon le moment de la journée, mais la facture pour chaque demi-heure supplémentaire étant très salée, mieux vaut emporter un réveil si vous comptez dormir !
Pour la modique somme de 1,220¥ (soit 8,50€ en incluant les frais d’inscription), voici tout ce dont à quoi j’eus droit dans le pack de 5 heures:

  • Un box privatif fermé par une porte coulissante, avec un tatami, un pouf, ainsi que des chaussons et une couverture à libre disposition.
  • Un ordinateur avec internet et quelques films disponibles; et une télévision.
  • L’accès au distributeur de boisson à volonté (le café chaud n’était malheureusement servi qu’à partir de 6h du matin, mais on avait tout de même le choix entre 6 ou 7 soft drinks, en plus du thé froid)
  • L’accès aux milliers de mangas et magazines divers (et pas toujours tout public…)
  • Et pour quelques euros en plus, il était également possible de commander de la nourriture, et même de prendre une douche !

Dans les faits, quasiment personne ne vient pour lire les mangas. Alors qui vient dans les manga kissa, et pour y faire quoi ? Pour tout vous dire, je n’en ai moi-même aucune idée. C’est encore à ce jour un grand mystère pour moi, ces gens qui viennent à des heures pas possibles et payent pour passer des heures sur un ordinateur (pas très moderne en plus de cela), au lieu d’utiliser gratuitement le leur, chez eux, ou d’être simplement en train de dormir comme le ferait n’importe quelle personne normale à ces heures-ci. Parmi cette étrange clientèle, on trouve notamment des travailleurs —les fameux salaryman— ayant raté le dernier métro et ne pouvant peut-être s’offrir un taxi pour rentrer chez eux; mais j’ai également croisé plusieurs femmes et des hommes âgés de 30 à 45 ans, à première vue normalement constitués, et sans rien dans leur apparence extérieure, visuelle ou « olfactive », qui aurait pu indiquer l’absence d’un domicile fixe…
Je pourrais à la limite comprendre qu’on y vienne en journée pour bouquiner dans un endroit calme avec boissons à volonté, mais pourquoi diable y venir en plein milieu de la nuit si l’on a un lit et un toit sous lequel dormir ? Cette question restera probablement à jamais sans réponse, mais le manga café n’en reste pas moins un lieu incontournable, qui m’a bien rendu service ce soir-là et continuera encore longtemps de m’intriguer !

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3 réflexions au sujet de « J’ai testé… le manga café »

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