Viêtnam Part II — Hạ Long

Cela fait désormais plus d’un mois que je suis en France et bien que je me sois à présent réhabituée à « la vie française » —les tartines au beurre salé et le vin rouge ayant, je l’admets, grandement facilité cette réadaptation— il me tarde de revenir à Tokyo et de profiter de la douceur du printemps à peine arrivé.
Paris aura beau rester à jamais à mes yeux la plus belle ville du monde, ce qui fait selon moi le charme d’un lieu est avant tout la vie qu’on y mène, les personnes qu’on y rencontre, les souvenirs qu’on y forge… et à ce niveau, le Havre et Tokyo sont pour l’instant les seules villes envers lesquelles j’éprouve un profond attachement. Et celui-ci s’explique par le fait —et c’est probablement là leur seule et unique ressemblance— qu’elles m’ont les toutes deux accueillies durant des périodes-clés de mon existence, et m’ont ainsi vue grandir, changer, en l’espace de seulement trois courtes mais intenses années. Le Havre a été le tremplin vers une nouvelle vie, hors du cocon familial, où j’ai dû me prendre en mains sur tous les plans, aussi bien scolaire que personnel. Si savoir tenir un foyer avait été une matière enseignée à Sciences Po, j’ose dire sans prétention que j’eus été une élève brillante, car quand d’autres laissaient se développer une vie microscopique parallèle sur la vaisselle accumulée dans leur évier, voyaient en la technologie un ennemi dès qu’il s’agissait de passer l’aspirateur ou faire une machine, passaient en mode explorateur de placards quand le frigo était vide (ou bien en mode survivant lorsque ces derniers l’étaient aussi), et réitéraient souvent à chaque fin de mois l’exploit physiologique assez remarquable de se nourrir exclusivement de pâtes et de bières pendant plusieurs jours; moi, de mon côté, je voyais dans toutes ces tâches de la vie quotidienne autant de marches gravies vers l’indépendance, autant de pas posés en direction de ma liberté. J’ai conscience de la chance que j’ai eu de faire partie de ces étudiants privilégiés n’ayant pas le quotidien assombri par des préoccupations financières, et je serai éternellement reconnaissante à mes parents pour m’avoir permis de débuter ma vie de jeune adulte dans les meilleures conditions. Je fus néanmoins surprise de constater qu’il n’en allait pas ainsi pour tout le monde et que, y compris pour ceux qui bénéficiaient comme moi d’un certain confort matériel, la solitude était pour beaucoup un poids et l’autonomie un fardeau. Mais ce qui me frappa par dessus tout fut le manque de curiosité global envers la ville, en particulier de la part de ceux qui n’hésitaient jamais à la critiquer pour sa laideur, son manque de vie nocturne, sa météo, sans s’y être pourtant jamais aventuré plus loin que le bout de leur rue. Il est rare que la Beauté s’offre à nous d’elle-même, sans que nous n’ayons d’efforts à faire pour l’apprécier; hormis pour les paysages naturels, elle demande un effort d’attention et un nécessaire abandon de la vision utilitariste des choses qui nous entourent. C’est à nous de la chercher, et c’est parfois là où l’on s’y attend le moins qu’on finit par la trouver. Considérée par beaucoup comme la ville la plus laide de France, le Havre en est le parfait exemple, mais je doute que tous ces gens qui la décrient y aient réellement mis les pieds, car ils auraient alors été émerveillés par toutes les richesses qu’elle renferme, si tant est qu’ils aient seulement essayé de mieux la connaître. C’est le sens de ce passage de L’Alchimiste, qui ne m’a jamais paru plus vrai qu’aujourd’hui:
« Quand nous avons de grands trésors sous les yeux, nous ne nous en apercevons jamais. Et sais-tu pourquoi ? Parce que les hommes ne croient pas aux trésors. »
J’ai cru un moment que tout le travail que j’avais fourni pour intégrer une école de commerce l’année prochaine allait être réduit à néant simplement parce que mon Bachelor de Sciences Po Paris n’était pas visé par l’Etat et que, par conséquent, je n’étais pas en mesure de passer les concours, ni même de déposer mon dossier à l’EDHEC. Face à l’absurdité totale de cette situation, ce qui m’a empêché de perdre foi en l’humanité fut de me dire que toute cette folie devait forcément avoir un sens, que ce brouillard finirait un moment par se dissiper, et qu’un trésor m’attendait au bout du tunnel. Au final, peut-être ne serai-je admise dans aucune école et poursuivrai mon master à Sciences Po, mais quelque soit la tournure que prendront les évènements, je sais d’ores et déjà que je n’aurais aucun regret car j’ai fait absolument tout ce qui était en mon pouvoir pour ouvrir en grand les portes de mon avenir.
J’essaie de prendre de cette année à l’étranger tout ce qu’elle a à m’offrir, et parmi ces choses, le voyage au Viêt Nam avec mes grands-parents fut sans doute l’une des plus précieuses. Après le premier article sur Hanoi, voici le deuxième sur la fameuse baie d’Ha Long, dans laquelle ma grand-mère et moi avons dormi une nuit à bord d’un superbe bateau. Comme pour Hanoi, j’ai fait une sélection parmi toutes les photos que j’ai prises, ainsi qu’un montage vidéo qui arrivera sûrement mieux à vous transmettre l’atmosphère mystérieuse et fantomatique qui régnait dans la baie embrumée.
Les articles sur Hué et Saigon seront postés très prochainement dès que je serai revenue au Japon… stay tuned !  ♪(๑ᴖ◡ᴖ๑)♪

✪ Ha Long en 10 images ✪

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2 réflexions au sujet de « Viêtnam Part II — Hạ Long »

  1. Très bel article, comme d’habitude!
    Profite de cette année extraordinaire, quant à la suite, tu as fourni un travail colossal, qui sera récompensé à sa juste mesure.

    Aimé par 1 personne

  2. « On ne force pas une curiosité, on l’éveille. » disait un certain Daniel Pennac. Je pense que cette phrase te correspond parfaitement ! KEEP GOING ! \(^∀^)メ(^∀^)ノ

    Aimé par 1 personne

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