En haut du Mt. Ougiyama (扇山)

La saison des pluies ne va pas tarder à commencer, et avec mon retour en France éclair-ultra-intensif la semaine prochaine, il est possible que ma randonnée d’hier fusse la dernière avant un bon moment. Pas question donc d’escalader une colline, et les 28°C affichés par le thermomètre sont une raison de plus de grimper en altitude pour avoir un peu de fraîcheur ! Sur les conseils d’une amie l’ayant fait la semaine passée, je décidai d’emprunter le circuit reliant le Mt. Ougiyama (扇山) au Mt. Momokurayama (百蔵山), censé offrir de superbes vues du Mont Fuji. Lorsque j’arrivai au sommet du premier après une assez rude ascension de 1138 mètres tout de même, Fuji-san était malheureusement caché derrière les nuages et n’a pas non plus daigné se montrer lorsque j’atteignis le deuxième sommet. Je fus bien sûr un peu déçue, mais c’est aussi cela qui fait la « magie » de la randonnée: marcher pendant des heures, repousser les limites de son corps dans les passages les plus abruptes, martyriser ses jambes et ses articulations dans les descentes les plus raides, cette sensation de vertige qui s’empare de nous lorsqu’on se trouve littéralement au pied du mur, devant un nombre incalculable de marches à monter, la sueur qui coule dans les yeux et les vêtements qui collent à la peau… Tout cela sans la moindre certitude sur ce qui nous attend au sommet. Mais pendant que je savourais chaque bouchée de mes onigiris de la victoire, assise sur l’herbe devant les montagnes aux cimes embrumées, je me dis que la récompense n’était décidément pas toujours ce qu’on croit: même si cela en fait partie, ce n’est pas ni la vue du sommet qu’on prend en photo pour la poster ensuite sur Facebook, ni le nombre de kilomètres parcourus et de calories brûlées affichées sur notre smartphone. La récompense, c’est la saveur redécouverte de chaque gorgée d’eau bue en chemin, le goût de chaque grain de riz avalé au sommet ; c’est enfin s’asseoir, avec la peur de ne plus jamais se relever tellement nos jambes sont endolories ; c’est l’excitation grandissante sur le chemin du retour en pensant à la bonne douche qui nous attend ; ce sont les légères courbatures au réveil après avoir dormi toute la nuit comme un loir… Ma récompense ce jour-là, ce fut d’arriver en haut du Mt. Ougiyama en ressemblant à ça, regarder les nuages cachant le Mont Fuji, et me dire que si c’était à refaire, je le referais sans la moindre hésitation.
Il n’y a de maigre récompense que pour de maigres efforts, puisque la récompense ne se trouve pas à l’arrivée mais bien déjà en nous, et elle le reste aussi longtemps qu’on se souvient du chemin parcouru pour aller la chercher.
Je n’aurai certes pas vu Fuji-san, mais il m’a semblé en redescendant vers la gare que la forêt n’avait jamais été plus belle, et le chant des oiseaux plus joyeux que ce jour-là.
Que les jurés soient prévenus, j’arrive aux oraux le corps et l’esprit plus sains que jamais, et les poumons gonflés à bloc d’air montagnard pour livrer les plus beaux discours !

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