Mochi 餅, ou le « gâteau-tueur » du Nouvel An…

Mochi (): gâteau traditionnel à base de riz gluant obtenu selon un rite festif, et dont la texture visqueuse fait chaque année des dizaines de victimes par étouffement lors du Nouvel An.

Chaque année, les Japonais engloutissent en moyenne un kilo de ce drôle de « gâteau » pouvant se déguster sous diverses formes: salé et fondu dans une soupe (ozounizenzai), en boules saupoudrées de soja grillé (kinako mochi) ou fourrées à l’anko (daifuku mochi), ou encore en brochettes, simplement grillées ou bien recouvertes d’un caramel à base de sauce soja (dango mochi).

Il n’est pas rare de voir fabriquer des mochi en pleine rue ou en public, selon un rite assez spectaculaire puisque sa préparation (餅つき, mochi-tsuki) ne nécessite généralement pas moins de trois hommes: les deux premiers battent dans un mortier (uzu) à l’aide de pilons (kine) le riz gluant cuit à la vapeur sur un feu de bois jusqu’à que celui-ci prenne un aspect très homogène et visqueux, pendant que le troisième donne la cadence en criant « ichi, ni, san ! » car les maillets ne doivent pas s’entrechoquer, mais aussi pour que sa main ne soit écrasée lorsqu’il retourne la pâte brûlante tous les deux coups. La pâte ainsi obtenue est façonnée à la main par les femmes et les enfants à l’aide de poudre d’amidon, avant de durcir et pouvoir être conservée pendant plusieurs semaines.
Le mochi est l’ingrédient phare du shogatsu, la fête du Nouvel An: les Japonais ont tous alors chez eux un 鏡餅 (kagami mochi), qu’ils brisent et mangent une fois le Nouvel An passé (souvent alors qu’ils sont un peu pourris).

L’expression « peau de bébé » se dit au Japon « peau de mochi ». Mais ne vous fiez pas aux apparences, ce n’est pas pour rien que l’on surnomme cette pâtisserie le « gâteau-tueur« : chaque année, l’impitoyable viscosité du mochi provoque la mort par étouffement d’une dizaine de Japonais, principalement des personnes âgées à la déglutition difficile.
Avis donc aux ouvreurs d’huîtres maladroits qui liront ce post: si vous avez le malheur de passer la prochaine Saint-Sylvestre aux urgences, dites-vous qu’à l’autre bout de la planète sévit un serial killer bien plus terrible encore…

J’ai testé… le manga café

Il y a un paradoxe au Japon que je ne comprendrai jamais: d’un côté, on a les konbinis et toutes ces chaînes de restaurants ouverts 24h/24; de l’autre, on a les transports en commun… qui s’arrêtent entre minuit et cinq heures environ. Autrement dit, si je voulais assister aux enchères de thon du marché aux poissons de Tsukiji, le seul moyen d’y être a 4h du matin (oui, quatre heures du matin), c’était de passer la nuit a côté. Pour ce faire, quatre solutions s’offraient à moi (et à mon budget très restreint):

  1. Dormir chez ma famille (gratuit, mais probabilité de mourir durant les 6 km de trajet à pied, seule, dans la nuit noire, à peu près égale à 100%)
  2. Passer la nuit assise dans un MacDo à boire du café (environ 3€, mais probabilité de sentir la frite jusqu’a ma mort à peu près égale à 100%)
  3. Passer la nuit dans un capsule-hôtel (environ 20€ et a priori sans inconvénient majeur, donc je garde cette idée pour la prochaine fois)
  4. Passer la nuit dans un manga café (environ 10€, soit de loin la solution la plus intéressante, malgré une légère probabilité de me faire assassiner par un otaku n’ayant pas vu la lumière du jour depuis un peu trop longtemps)

Je choisis donc la solution n°4, d’une part parce qu’étant résolue à passer une nuit blanche pour ne pas louper les enchères, le manga café m’offrait à la fois la possibilité de m’allonger et me reposer quelques heures au chaud, et de rendre ces heures moins longues en mettant un ordinateur (avec internet et des films) à ma disposition. Dernier argument en faveur du manga café, et pas des moindres: c’est quelque chose qu’on ne trouvera probablement jamais en France (du moins pas sous cette exacte forme, mais avis aux futurs entrepreneurs qui liraient cet article, l’idée d’importer ce concept en France et de l’adapter est déjà bien ancrée dans mon esprit, donc allez voir ailleurs !), et qui faisait par conséquent partie de ma liste des choses qu’on ne trouve qu’au Japon et qu’il faut avoir essayé au moins une fois dans sa vie. Après une comparaison des différentes chaînes de manga café ayant un store près de Tsukiji, je décidai d’opter pour le Manga kissa Gera Gera (まんが喫茶ゲラゲラ), kissa étant le diminutif de kissaten qui veut dire café ) situé près de la station de Shinbashi, à une vingtaine de minutes à pied du marché aux poissons. Après m’être baladée un peu dans le quartier chic de Ginza, j’arrivai à l’enseigne de la petite grenouille verte aux alentours de 22h, où on me fit choisir entre une simple chaise de bureau, un fauteuil inclinable ou bien un box privatif avec pouf et tatami; ainsi qu’entre le « 3-hour pack », le « 5-hour pack » ou bien la nuit complète. Les prix varient selon le moment de la journée, mais la facture pour chaque demi-heure supplémentaire étant très salée, mieux vaut emporter un réveil si vous comptez dormir !
Pour la modique somme de 1,220¥ (soit 8,50€ en incluant les frais d’inscription), voici tout ce dont à quoi j’eus droit dans le pack de 5 heures:

  • Un box privatif fermé par une porte coulissante, avec un tatami, un pouf, ainsi que des chaussons et une couverture à libre disposition.
  • Un ordinateur avec internet et quelques films disponibles; et une télévision.
  • L’accès au distributeur de boisson à volonté (le café chaud n’était malheureusement servi qu’à partir de 6h du matin, mais on avait tout de même le choix entre 6 ou 7 soft drinks, en plus du thé froid)
  • L’accès aux milliers de mangas et magazines divers (et pas toujours tout public…)
  • Et pour quelques euros en plus, il était également possible de commander de la nourriture, et même de prendre une douche !

Dans les faits, quasiment personne ne vient pour lire les mangas. Alors qui vient dans les manga kissa, et pour y faire quoi ? Pour tout vous dire, je n’en ai moi-même aucune idée. C’est encore à ce jour un grand mystère pour moi, ces gens qui viennent à des heures pas possibles et payent pour passer des heures sur un ordinateur (pas très moderne en plus de cela), au lieu d’utiliser gratuitement le leur, chez eux, ou d’être simplement en train de dormir comme le ferait n’importe quelle personne normale à ces heures-ci. Parmi cette étrange clientèle, on trouve notamment des travailleurs —les fameux salaryman— ayant raté le dernier métro et ne pouvant peut-être s’offrir un taxi pour rentrer chez eux; mais j’ai également croisé plusieurs femmes et des hommes âgés de 30 à 45 ans, à première vue normalement constitués, et sans rien dans leur apparence extérieure, visuelle ou « olfactive », qui aurait pu indiquer l’absence d’un domicile fixe…
Je pourrais à la limite comprendre qu’on y vienne en journée pour bouquiner dans un endroit calme avec boissons à volonté, mais pourquoi diable y venir en plein milieu de la nuit si l’on a un lit et un toit sous lequel dormir ? Cette question restera probablement à jamais sans réponse, mais le manga café n’en reste pas moins un lieu incontournable, qui m’a bien rendu service ce soir-là et continuera encore longtemps de m’intriguer !

Un samedi à Shinjuku

Pour ma traditionnelle exploration du week-end, j’avais prévu d’aller au Ikebukuro Life Safety Learning Center pour expérimenter un séisme de magnitude 7, mais la météo désastreuse m’a malheureusement fait revoir mes projets… Après être arrivée à Shinjuku, j’ai donc commencé à marcher vers Ikebukuro (non sans avoir erré pendant une vingtaine de minutes autour de la station pour trouver la bonne route qui allait vers le Nord), jusqu’à que la pluie ne me force à rebrousser chemin au niveau de l’université de Waseda. Pour la énième fois depuis que je suis au Japon, je me suis retrouvée trempée jusqu’aux os après avoir volontairement laissé mon parapluie chez moi en pensant naïvement que, si pluie il y avait, elle finirait toujours par s’arrêter un moment ou un autre… Et bien non, au Japon, la pluie ne s’arrête jamais. Ou alors il y a vraiment un être pernicieux et satanique au-dessus des nuages, qui s’empresse de vider ces derniers de leur eau dès que j’ai le malheur de sortir sans parapluie… Bref, j’ai donc dû me réfugier dans une station de métro, dont j’ai chopé le wi-fi gratuit pour glander sur mon portable en attendant (en vain) que la pluie ne s’arrête… Pendant plus d’une heure, j’ai ainsi trimardé de refuge en refuge: tantôt un konbini, tantôt une librairie, tantôt un Don Quijote
D’ailleurs, je souhaiterais m’arrêter quelques instants sur ce dernier point, parce que j’ai profité de mon oisiveté forcée pour y chercher les trucs les plus WTF qu’on peut y trouver, et le résultat est assez… Enfin, les photos parleront mieux que moi.

Dans mes pérégrinations, j’ai tout de même eu la chance de découvrir deux quartiers très sympas que j’ai vraiment hâte de revenir explorer prochainement: tout d’abord, le quartier coréen (Korea town) autour de Shin-okubo, rempli de petits restaurants et de boutiques pour fans de « K-pop », dramas et tout autre élément de la culture populaire coréenne; puis ensuite le quartier de Kabukicho, surnommé le quartier rouge de Shinjuku en raison de ses nombreux « cabarets » et autres lieux de divertissements pour messieurs (il est peu recommandé de s’y promener seule la nuit, mais il est très agréable de déambuler la journée dans ses nombreuses ruelles, dans lesquelles flottent comme un parfum de mystère et d’interdit…). J’avoue que sans ces deux découvertes tout à fait fortuites, ma journée aurait été un vrai fiasco, car non seulement la pluie ne s’est pas arrêtée (et mon coupe-vent Uniqlo n’est malheureusement pas devenu imperméable entre-temps), mais en plus l’amie que je devais retrouver à Shibuya n’est pas venue au rendez-vous pour diverses raisons, donc j’ai attendu telle une âme en peine devant la statue Hachiko, au milieu des écrans géants diffusant en boucle les mêmes musiques débiles, pour finalement décider de m’en aller au bout de tout de même trois quarts d’heure… Je peux vous dire qu’en traversant le méga-carrefour, j’ai repoussé toutes les limites de la grognasserie en en envoyant valser plus d’un dans le décor… C’est donc l’esprit un peu échauffé et les narines légèrement dilatées que je revins vers Shinjuku en longeant le parc de Yoyogi et les rails de la Yamanote Line. Quand j’arrivai là-bas, il était aux alentours de 17h et la nuit commençait déjà à tomber. J’ai déambulé pendant plus d’une heure, sentant ma mauvaise humeur disparaître au fur à mesure que je m’enfonçais dans ce dédale de rues colorées, dans ce labyrinthe de parfums et d’odeurs enivrantes…
Il est difficile de comparer Shinjuku à Shibuya: ce sont deux atmosphères totalement différentes, mais tout aussi grisantes l’une que l’autre; deux atmosphères totalement indescriptibles qui, peu importe le nombre de fois où l’on aura été plongé dedans, nous apparaîtront à jamais mystérieuses et fascinantes…
Il me reste encore tant de choses à voir du Japon, mais à chaque fois que je me retrouve au milieu de la foule à Shinjuku ou Shibuya, j’ai le sentiment que je pourrais mourir à l’instant même d’un arrêt cardiaque et n’avoir aucun regret, car toute l’Energie du monde semble concentrée en ces lieux, et la Vie qui m’entoure, me submerge, me paraît plus que jamais être la seule à valoir d’être vécue.

Bienvenue chez… « Don Quijote » (ドン・キホーテ)

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La dernière fois, je vous ai amené dans un magasin « OFF » où l’on pouvait déjà trouver pas mal de choses pour presque rien. Aujourd’hui, je vous fais faire un tour chez « Don Quijote » (ドン・キホーテ, don kihotté), où l’on peut trouver encore PLUS de choses pour encore PLUS rien ! (c’est pas français, mais vous voyez l’idée…)

La chaîne au pingouin bleu et au nom chevaleresque est bien connu des Japonais, et il n’y a rien d’étonnant à cela car on y trouve vraiment tout: des déguisements, du linge de maison, du matériel informatique, de l’électroménager, des vêtements, de la maroquinerie, des bijoux, des disques, des trucs très bizarres, et bien sûr de la nourriture. Le tout à des prix plus ou moins intéressants selon la catégorie de produits, mais qui restent tout de même plus qu’attractifs dans l’ensemble. Bref, un énorme bazar où règne une ambiance bien déjantée qu’on ne trouve qu’au Japon (musique kitsch qui tourne en boucle et annonces en chinois -oui oui, en chinois…). Je vous laisse juger par vous-mêmes !

Pour finir, voici un petit florilège des choses pour le moins étranges qu’on peut trouver dans ce genre d’endroits…

Sur les restaurants japonais

Disons-le clairement: le Japon est probablement le seul pays développé où il est possible de déjeuner (copieusement, voire très copieusement) pour moins de 5€. Et ce, sans avoir besoin d’aller risquer sa vie dans des quartiers peu recommandables, ou bien de finir dans un cours d’anglais à la japonaise… Si, comme moi, vous adorez le riz et les nouilles (si non, soyez à jamais couvert d’opprobre pour cette faute inexpiable), les nombreuses chaînes de restaurants bon marché feront votre bonheur. L’une des plus répandues et (pour l’instant) ma préférée, s’appelle Yoshinoya et est spécialisée dans le 牛丼 (gyūdon), un bol de riz chaud surmonté de lamelles de boeuf et d’oignons caramélisés, et souvent d’un oeuf. Un délice absolu qui s’affiche dans sa version la plus basique à…
300円 soit un peu plus de 2€. Non non, je n’ai pas fait de faute de frappe.

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Dans ce paradis pour gourmands impécunieux, on trouve également l’incontournable et tout aussi roboratif カーレ (curry):

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A ce prix-là, il ne faut pas s’attendre à de la haute gastronomie, mais la qualité des plats est étonnamment élevée et le rapport qualité-prix, par conséquent, imbattable. La raison derrière ses tarifs aussi compétitifs tient en un mot: le personnel. Comme en France, ce qui coûte le plus cher après le loyer, ce sont les employés, et pour y remédier, ces chaînes ont trouvé la combine: presque pas de tables, les clients sont assis à un comptoir et mangent au coude-à-coude avec leur voisin. En entrant, on passe commande sur une machine (qui ne s’arrête jamais de parler d’une voix suraiguë à la limite de l’intolérable, mais qu’on aime bien quand même parce qu’elle montre des images de chaque plat), puis on donne son ticket au serveur au centre du comptoir, et en un clin d’oeil, on a notre bol fumant devant nous. Rapide, efficace et pas cher. Que demander de plus ? ~旦_(^O^ )

Une autre particularité des restaurants japonais bon marché (autres que les chaînes), c’est que la plupart d’entre eux affichent dans la vitrine les plats de leur menu… en plastique. Je sais pas si les Japonais trouvent ces versions plastifiées « alléchantes », mais en tout cas elles ont aidé plus d’un étranger incapable de déchiffrer le menu…

En bref, à condition de n’être pas un fin gourmet ou un emmerdeur, manger à toute heure au Japon est un vrai plaisir, autant pour l’estomac que pour le porte-feuille !

Les Japonais et le français (1)

Je vous avais déjà parlé de la véritable passion des Japonais à l’égard du français, mais il faut vraiment être au Japon pour se rendre compte de l’ampleur du phénomène: même là où je suis (c’est-à-dire au moins dans la 3ème couronne de Tokyo), il y a une boulangerie « Terre Vivante » à deux pas de mon campus ! Et je compte plus le nombre de devantures écrites en français que j’ai croisées depuis mon arrivée, dans certaines rues on se croirait presque en France…

Ces devantures sont très souvent celles de commerces de bouche (restaurants, pâtisseries, salons de thé), mais il n’est pas rare de croiser des petites boutiques de vêtements ou d’accessoires en tous genres, voire même des hôtels affichant un nom en français. Il est assez drôle d’imaginer la même situation en France avec des devantures écrites en japonais (dans le cas d’un hôtel, je crois que celui-ci mettrait la clé sous la porte au bout d’une semaine puisque personne ne comprendrait qu’il s’agit en fait d’un hôtel, et non d’un obscur local de grossistes chinois…). Chez nous, les restaurants japonais écrivent leur enseigne en romanji (c’est-à-dire en utilisant l’alphabet latin, par exemple 寿司 sera écrit « sushi ») afin qu’on puisse les comprendre. Mais ce qui est surprenant ici, c’est que les devantures en français ne sont pas toujours traduites en katakana (ex: Le Mont Saint Michel s’écrit « ル・モンサンミシェル »), donc techniquement… les Japonais ne peuvent pas lire ce qui est écrit ! ( •᷄ὤ•᷅)?
Mais il suffit simplement qu’ils reconnaissent du français pour que le charme opère…
Si bien qu’on trouve parfois de drôles de trucs, à se demander si le propriétaire de la boutique ne s’est pas contenté d’ouvrir un Larousse et de choisir deux trois mots au hasard qui rendraient bien sur sa devanture… Au mieux, il s’agit d’une simple petite faute grammaticale ou de syntaxe (par exemple, « pâtisserie fondée de 2001″…), mais parfois on reste vraiment perplexe devant l’absence absolu de signification, et on se dit que s’il voyait ça, Molière se retournerait probablement dans sa tombe…